Bénédiction de la maison

L’une des célébrations les plus demandées par les fidèles de notre Église orthodoxe est la Sfeştanie (en slavon « sfeştanie » ou « feştanie » signifie « illumination »), ou office de la petite bénédiction de l’eau.

En général, l’eau a toujours joué un rôle majeur dans la vie religieuse des croyants, dans presque toutes les traditions religieuses. Elle est considérée comme l’un des éléments essentiels qui composent le cosmos (eau, terre, air et feu). De plus, l’eau est indispensable à la vie biologique de l’homme, ainsi qu’aux activités domestiques. Elle est un moyen de purification physique, mais aussi spirituelle.

La qualité naturelle de l’eau de laver et de purifier a été transposée dans la vie religieuse : l’eau, par sa sanctification, devient moyen de purification spirituelle. Par sa limpidité, son goût agréable et son effet rafraîchissant, l’eau symbolise aussi l’action purificatrice de la grâce divine.

Dans le Molitfelnic ou l’Aghiazmatar, on trouve, avant l’office de la « Sfeştanie », une description des effets et de l’utilité de ce rite :

« Qu’il soit su que c’est une coutume très bonne et bénéfique pour l’âme que de faire dans les églises, les monastères et les maisons, la sanctification de l’eau aux premiers jours du mois, et de la répandre sur les fidèles. Cette eau sanctifiée, que l’Esprit Saint bénit par les prières des prêtres, a de multiples effets, comme en témoignent les litanies et les prières : par son aspersion, les esprits mauvais sont chassés ; les péchés mineurs de la vie quotidienne sont pardonnés, ainsi que les pensées mauvaises ; l’esprit est purifié des souillures et dirigé vers la prière ; les maladies sont repoussées, et elle apporte santé de l’âme et du corps. En résumé : tous ceux qui la reçoivent avec foi reçoivent sainteté et bénédiction. »

Ainsi, la Sfeştanie purifie la maison comme la confession purifie l’âme.
Par la confession, à travers l’aveu des péchés et leur absolution par le prêtre, l’homme se purifie, son âme est nettoyée et il retrouve la grâce reçue au Baptême. De même, par l’aspersion d’eau bénite et les prières du prêtre, la maison consacrée se purifie de « toute œuvre mauvaise », qu’elle provienne des péchés de ses habitants, des intentions mauvaises d’autrui ou de l’action des esprits mauvais.

Chaque fois qu’un fidèle ressent le besoin de purification et de sanctification de sa maison, il peut appeler le prêtre pour célébrer la Sfeştanie. Il est souhaitable que celle-ci ait lieu un jour de jeûne, car c’est un office de purification et de nettoyage, mais aussi parce que celui qui demande la Sfeştanie doit se préparer par le jeûne et la prière. À défaut, il est recommandé de la célébrer au moins une fois par an.

Il est aussi d’usage qu’après un décès dans la maison, quelques jours après les funérailles, on célèbre cet office. Non pas parce que le défunt aurait souillé la demeure, mais pour renouveler la sanctification et la bénédiction de la maison, chasser la tristesse et apporter l’espérance.

À plus forte raison, la Sfeştanie doit être célébrée dans une maison ou un lieu où a eu lieu un meurtre, un autre grave péché (avortement, tentative de suicide, effusion de sang), une épidémie, un accident ou tout autre malheur, car tous ces événements sont liés à l’action du diable et des esprits mauvais.

Comment se préparer la purification de la maison ?

Celui qui désire appeler le prêtre pour célébrer la Sfeştanie dans sa maison doit savoir comment se préparer :

  1. La préparation spirituelle : il est bon que tous les membres de la maison se confessent avant, afin que la maison soit purifiée en même temps qu’eux-mêmes de leurs péchés. Si ce n’est pas en période de jeûne, il faut jeûner ce jour-là, éviter disputes, querelles, jurons ou autres mauvaises actions.
  2. La préparation de la maison : elle doit être soigneusement nettoyée de fond en comble. Il serait inconcevable d’asperger d’eau bénite et de prier pour la purification d’une maison sale et négligée. Toute célébration faite par le prêtre dans la maison équivaut à l’accueil de Dieu lui-même dans ce lieu, par son action sanctifiante et sa bénédiction. Ainsi, de même que nous nettoyons et préparons notre demeure pour recevoir un invité, à plus forte raison devons-nous le faire lorsque nous invitons Dieu Lui-même.

Ce qu’il faut préparer pour l’office

Le fidèle doit préparer une petite table, joliment recouverte, tournée vers l’est (de préférence devant l’icône ou le coin de prière de la maison), sur laquelle seront disposés :

  • un récipient large rempli d’eau propre, avec à côté une serviette (réservée uniquement à cet usage) ;
  • deux chandeliers avec des cierges en cire pure ;
  • une icône de la Mère de Dieu ;
  • un diptyque (pomelnic) avec les noms des habitants de la maison et des proches ;
  • si c’est la première Sfeştanie dans la maison, un verre d’huile sera ajouté.

On peut aussi déposer sur la table :

  • un pain,
  • de l’huile (olive, tournesol, etc.),
  • un peu de vin, symbolisant les dons de la terre que Dieu nous accorde pour notre nourriture, afin qu’ils soient bénis.

De là vient aussi la coutume de partager un repas avec la famille, les proches et le prêtre après la Sfeştanie – bien que cela ne soit pas obligatoire.

Le prêtre se tiendra devant la table, et les fidèles derrière lui, comme à l’église, tous tournés vers l’est. Toutes les portes des pièces de la maison doivent être grandes ouvertes.